Le salariat dans le secteur culturel en 2009 : lecture régionale des données

Périodique (sept. 2012)

Edité en septembre 2012, ce travail mené par le DEPS – ministère de la Culture et de la Communication indique que, comparé à l’ensemble du salariat en France, celui du secteur culturel se singularise nettement : les emplois y sont plus flexibles, les contrats plus souvent à durée limitée, les rémunérations plus dispersées. Les employeurs sont plus souvent de taille modeste et implantés en région parisienne. Le salariat y est plus jeune et masculin.

Une analyse approfondie révèle cependant que ces caractéristiques globales tiennent principalement à certains domaines d’activité culturels (le spectacle, l’enseignement artistique et de loisirs) où la grande flexibilité de l’emploi, les faibles volumes individuels d’activité, la rotation (« turn over ») des salariés sont la règle.

Dans d’autres domaines culturels (l’édition, l’architecture, le patrimoine), la physionomie du salariat s’écarte peu de celle observée dans l’ensemble de l’économie (prépondérance du CDI et du travail à temps plein). Dans les domaines où l’emploi est le plus flexible, la pluriactivité est particulièrement répandue : les salariés travaillent alors pour plusieurs activités culturelles (par exemple, en combinant des emplois dans le spectacle vivant et dans la création visuelle), mais surtout interviennent à la fois dans le champ culturel et à l’extérieur de celui-ci.

Zoom sur les données régionales Lorraine :

En utilisant la même source de données, les DADS de 2009[1] , effectuons un zoom régionalisé à l’échelle de la Lorraine :

Cette représentation graphique indique une certaine singularité du « profil » lorrain analysé d’après trois variables : le nombre d’habitants (taille du cercle), la part de professionnels du secteur culturel pour 10 000 habitants (en Y), et le salaire horaire net moyen[2] (en X). La faible densité de professionnels du secteur culturel et l’importance relative du salaire horaire moyen positionne la Lorraine en dehors du groupe majoritaire.

Le salaire horaire moyen des professionnels du secteur culturel lorrains est principalement « tiré vers le haut » par les professionnels du secteur de l’édition (18,2 €/h contre 16,1€/h pour la moyenne nationale hors Ile-de-France). Les professionnels lorrains du spectacle ont à l’inverse un salaire net horaire moyen inférieur à la moyenne des autres régions (hors Ile-de-France) : 12,9 € contre 13,3 €.

Cinq grands domaines d’activité et d’emploi ont été définis dans l’étude du DEPS, en croisant une double logique d’activités et de physionomie de l’emploi :

- Spectacle :

  • industrie du film et du phonogramme : enregistrements sonores, production de films pour la télévision, le cinéma, les institutions et la publicité, postproduction de films cinématographiques, de vidéo et de programmes pour la télévision, distribution et projection de films cinématographiques
  • spectacle vivant : arts du spectacle vivant, activités de soutien au spectacle vivant, gestion des salles de spectacles
  • autres activités du spectacle : organisateurs de spectacles, festivals musicaux, sociétés d’auteurs…

- Edition : édition de livres, de presse ou audiovisuelle (édition et diffusion de programmes radio, édition et distribution de vidéos, édition de chaînes généralistes et thématiques)

- Création visuelle : arts plastiques, photographie, design

- Enseignements artistiques et de loisirs : formations en arts qui ne délivrent pas de diplôme professionnel

- Architecture et patrimoine : conception de bâtiments, gestion des musées, des bibliothèques et des monuments historiques.

Les caractéristiques du secteur culturel lorrain, différenciées selon ces 5 grands domaines, montrent que la prédominance du spectacle, très nette en nombre d’établissements et en nombre de salariés est franchement amoindrie au niveau du nombre d’heures salariées et de la masse salariale globale. Ce qui se retrouve dans des proportions proches dans les autres régions françaises.

Ce regard offre une lecture du fonctionnement de ce secteur du spectacle, qui repose sur un système extrêmement flexible, des contrats courts, et une forte concurrence sur le marché du travail.

Confirmant les précédentes remarques, la part de postes à durée limitée s’élève à près de 80% dans le spectacle, contrairement aux secteurs de la création visuelle, de l’édition ou de l’architecture et du patrimoine, où moins d’un quart des postes sont à durée limitée[3]. Près d’un salarié sur deux a travaillé moins de 100 heures en 2009 dans le spectacle[4]. C’est également le cas pour un salarié de l’enseignement artistique sur trois.

 


[1] La DADS, Déclaration annuelle de données sociales, est une formalité déclarative que doit accomplir, en France, toute entreprise employant au moins un salarié. Destinée à différentes institutions, comme les Urssaf ou les caisses primaires d’assurance maladie, elle contient des informations relatives à l’employeur, au salarié et au poste de travail. Les DADS concernent le secteur privé, les fonctions publiques d’État, territoriales et hospitalières, ainsi que les activités des ménages employeurs. Leur traitement statistique annuel par l’Insee constitue une source irremplaçable de connaissance sur l’emploi et les salaires en France.

Cette analyse prend en compte tous les salariés intervenus au moins une heure dans le champ culturel en 2009.

[2] Pour comparaison, en 2009, le SMIC horaire net était de 6,92 € (source : www.smic-horaire.fr).

[3] Tous secteurs confondus, les CDI représentent environ 87% de l’emploi salarié en France en 2009 (source : enquête emploi INSEE).

[4] Soit moins de trois semaines à temps plein sur l’année (un temps plein annuel équivaut à 1 820 heures).

CRÉDITS: EPCC Arteca